La partie immergée de l’iceberg

J’ai beaucoup de chance.

Je vis à la campagne, dans une région magnifique.

J’habite le « Bocage Bourbonnais ».

Évidemment, il y a les petits inconvénients : un travail précaire, la restauration laborieuse d’une petite ferme et l’inconfort qui en découle mais je ne retournerai pour rien au monde vivre en ville.

De la précarité de mon emploi, j’en ai décidé (plus ou moins), chauffeur routier par nécessité, je n’ai à 52 ans aucune envie de passer mon temps sur les routes, à côtoyer les sous fifres ou les petits caporal mal embouchés qui abondent dans toutes les sociétés.

Je travail donc dans une toute petite entreprise (3 chauffeurs à temps complet avec le boss) qui fait du transport privé et qui fournit principalement les paysans en produits de préparation des sols : amendement, compost, engrais, ensilage etc.

Accessoirement, on fait aussi un peu de TP (travaux public), et du transports de bois (grumes, plaquettes, sciures).

Vous allez me dire quoi d’extraordinaire à tout ça ?

Ce qui est extraordinaire c’est qu’il aura fallu que j’attende un quart de siècle, pour réaliser ce que j’ai toujours envisagé de vivre.

Un travail moins déplaisant, et renoué avec les racines de mes aïeux paysans.

Non, je ne deviendrai pas agriculteur, ni éleveur, mais je travaille à leur côté.

Plus que jamais, j’essaie de me tenir informé de l’actualité nationale ou internationale. Ce que je lis, entends ou vois, bien souvent m’abomine.

Un temps fasciné par l’informatique, le Web est devenu ma source, peut-être le dernier refuge de liberté (pour l’instant).

Bien évidemment conquis par Facebook, je me rends compte que dans cet espace virtuel une certaine solidarité se crée  sans pour autant manifester de paranoïa excessive face à « Big brother », et c’est tant mieux car où sont passés les petits bistrots dans lesquels se fomentaient les idées révolutionnaires ou anarchistes ?

Partis avec la fumée ? L’alcool ?

Oui, sans doute, on ne peut faire l’apologie ni de l’un ni de l’autre. Et surtout quelle méthode éblouissante d’auto-poliçage, témoin test liberticide à l’égard du tabac.

De fait, les campagnes déjà désertés perdent le dernier rempart contre l’isolement : leurs bistrots.

De fait, rares sont les reprises d’établissements qui prennent alors le nom de PMS (points multi-services) qui se concrétisent ou réussissent à subsister. Et pour combien de temps encore ?

Finalement, c’est souvent en prenant l’édition locale du journal régional, qu’on apprend qu’untel (un paysan, souvent) s’est suicidé, le fait divers qui masque un problème non pas de société mais un phénomène mondial.

Pardonnez moi si mon discours jusqu’à présent vous semble incohérent, mais je n’ai pas le potentiel pédagogique d’un philosophe, cependant l’audition de ce reportage consacré à Monsieur Edgar Morin, diffusé sur France 5, théoricien de la complexité se trouve ici.

Et puis il y a cette femme extraordinaire Coline Serreau et son dernier « film reportage » « Solutions locales pour un désordre global » très controversé, et pourtant il suffit de se rendre sur le site de « Kokopelli » distributeur de semences « oubliées » (ici) ou de revoir cet autre documentaire « le monde selon Monsanto » (ici), pour se rendre compte que s’il y a controverse, c’est qu’il y a surtout des milliards de dollars  qui sont concernés et les poches de ceux qui les détiennent.

Il devient de plus en plus incertain de faire valoir nos droits et en particuliers ceux du « préambule de la constitution du 27 octobre 1946″, l’Afrique du Nord s’enflamme, l’Albanie tressaille, l’Islande connaîtrait une révolution dans l’indifférence la plus totale, l’Irlande est aux abois…

Ce pays n’est-il pas membre de l’UE ? C’est à nos portes donc ? Et je n’évoque ni la Grèce, l’Espagne, le Portugal, ainsi soit-il amen !

On entend un peu partout parler d’États policiers, ce sont surtout des États corrompus, et pas seulement eux, les partis politiques de toutes tendances également.

On va dire que je suis alarmiste ou pessimiste. Dites-moi ou vous voyez qu’on peut résolument être optimiste.

Depuis que je suis gosse j’entends toujours les mêmes phrases :

- »Il va falloir se serrer la ceinture »

- »Nous sommes dans le tunnel »

- »On ne vois pas encore la fin du tunnel »

- »Il va falloir faire un effort »

Entre-temps le tunnel sous la Manche a été achevé !

Les pays affamés du quart monde sont aujourd’hui exsangues, et les pays qui étaient en voie de développement se demandent s’ils ont bien fait de suivre les injonctions du capital.

Vous ne vous sentez pas concernés ?

Tant pis, pour vous , sachez cependant qu’il n’y a qu’une poignée d’hommes, archi-milliardaires qui se foutent royalement de votre existence et du reste de l’humanité.

J’ai beaucoup de chance.

Je vis à la campagne dans une région magnifique.

J’habite le « Bocage Bourbonnais ».

Un endroit semble t’il partiellement préservé.

Une charte architecturale et paysagère existe (ici), on lui doit peut-être le dynamisme inhabituel de ces paysans que je côtoies, l’environnement est préservé, il y a bon nombre de maraîchers , d’éleveurs Bio.

Il y a toute une génération de nouveaux agriculteurs ou éleveurs, (et parfois de très jeunes) conscients de la fragilité de l’écosystème, soucieux de bien faire, qui entretiennent haies et bosquets (même si ces derniers se trouvent au milieu d’une parcelle).

Le remembrement a été une nécessité industrielle, il serait peut-être temps de redonner ses lettres de noblesses à la paysannerie et de retrouver une certaine indépendance faces aux incohérences des marchés et à l’ingérence économique des groupes industriels.

 

Charte architecturale et paysagère du Bocage Bourbonnais.

 

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