Des acteurs de la décroissance.

Avant d'en arriver là.

Avant d'en arriver là.

 

Cela faisait quelques temps que j’avais revu Pierre. Si vous me demandez qui est Pierre, c’est un ami, ou plutôt, mon ami. Si vous demandez à n’importe qui d’autre il vous répondra : « un marginal ». J’entends déjà les murmures des « biens pensants » : « ah bon, son meilleurs pote est un feignant alors ? Un profiteur du système ? Voilà pour qui on cotise ! »

Vous n’y êtes pas ! Je ne vous ferai pas sa bio aujourd’hui, mais au lieu de taper sur les plus faibles et invoquer les sacro-saintes cotisations, demandez vous à qui profite le système…réellement…ne voyez-vous pas qu’un taux de chômage élevé c’est « tout bénéf » ? Cela permet à nos dirigeants de maintenir un niveau de stress élevé parmi la population active qui par conséquent n’a d’autres choix que d’accepter l’inacceptable…facile à comprendre, non ?

Je m’emporte, comme d’habitude, je suis hors sujet.

Reprenons : Pierre, disais-je, passait le plus clair de son temps à se promener le long du Gardon, entre Remoulins et Collias, des lieux bien connus pour les activités estivales de canoë, baignade et autre exhibitionnisme de nudistes sauvage bien connus également des services de police et de gendarmerie pour sa faune permanente de marginaux. Je mets « faune » à dessein pour bien visualiser la différence entre une société : « in » et une société : « out ». Car, ne vous méprenez pas, il s’agit bien là d’une « société », tribale certes, voire nomade, mais tous ne sont pas des « rebuts » du système, certains ont décidé de s’en passer, volontairement.

C’est là qu’il fit leur connaissance. (1ère histoire).

Un jeune couple avait élu domicile dans l’une des nombreuses grottes qui peuplent ces gorges. Atout majeur, celle-ci bénéficiait de l’eau courante (il y avait une source résurgente). Un petit potager et un four à pain artisanal complétait l’équipement. Leur lieu de vie était situé relativement haut et quasiment inaccessible (je vous laisse deviner pourquoi).

Elle, c’est Jeanne, elle rentre de Paris où elle exerce sporadiquement le mannequinat. Elle est cultivée, le bac, une maîtrise en littérature. Lui, c’est Adrien, rebelle doté d’une volonté de survie inouïe et adepte du « fais le toi même ». Autant Jeanne est encore un peu « In » qu’Adrien au maximum « Out ». La plus grande partie de leurs ressources provient des prestations de Jeanne et d’ouvrier agricole saisonnier pour Adrien. Il complètent leurs revenus avec le pain Bio que fait Adrien et qui le vend « sous le manteau » (ben ouai, au black quoi) sur les petits marchés locaux…ce qui lui valut de se retrouver plusieurs fois en garde à vue.

Et l’hiver me direz-vous ?

…l’hiver : en Inde. COMMENT ! BEN Y S’EMMERDENT PAS LES RMISTES ! C’est pas possible, y doivent trafiquer !

Réfléchis deux minutes abrutis ! Pas de loyer, pas d’électricité, pas d’eau, pas d’assurances, pas d’impôts…mais pas de confort comme chez toi ! Et puis, j’ai jamais dit qu’il percevaient des allocs !

L’histoire durait, Pierre m’en parlait chaque fois qu’il croisait Jeanne, plus sociable, elle lui exprimait son désir d’avoir un enfant et des craintes qu’ils avaient de devoir vivre autrement, car forcément, on leur imposerait des conditions. Ils parlaient de s’expatrier en Inde, bien sur, mais aussi en Australie…Un jour ce fut fini. Pierre ne les revît plus.

Vous pensez sans doute qu’ils se sont rangés, asservis aux impératifs « des gens bien comme il faut » du système admis…peut-être. Je préfère croire qu’il est plus simple de se passer de confort que de liberté, et quand on y a goûté avec un tel acharnement…non, ils sont partis.

(2ème histoire).

Je me réinstallais, il y a peu, dans ce qui fut autrefois ma maison sise dans l’Allier (veuillez excuser cette tournure notariale) et qui n’est plus aujourd’hui qu’une ruine vaniteuse, souvenir d’un passé ou je construisait un avenir qui m’aurait permis d’avoir « un pied dedans, un pied dehors »; In et Out… »ça suit au fond » ?…

Je les croise la première fois sur une petite route, lui devant, des dreadlocks attachés en chignon, souriant, menant quelques brebis, un chien les accompagne faisant son travail, elle, termine la marche, juchée sur un cheval, le nez dans un livre, indifférente à mon passage. J’apprends où ils habitent peu de temps après : c’est une vieille bâtisse (là aussi) qui semble en meilleur état malgré des ouvertures dont l’efficacité thermique reste à démontrer, le toit ne semble pas mis à mal mais l’ensemble manque tout de même cruellement d’isolation et de confort. Rapidement, les commentaires vont bon train : des « dignitaires »(pfff) du village aux commères.

Ce qui préoccupe ces braves gens c’est surtout de « quoi » ils vivent mais certainement pas « comment »…encore que quand « Elle » va se baigner nue dans les étangs pour y faire sa toilette, ça délie les langues de belle-mère et fait baver le « Glaude » du coin. Et oui, en plus ils ont le tort d’être beaux. « Vas te tremper les fesses toi quand il fait 10° ou 12° degrés dehors, mets toi seulement à poil ! Non oublie ça, c’est une mauvaise idée » !

Je n’ai pas eu vraiment le temps mieux les connaitre, j’ai « discuté » une fois avec « Lui », il m’a semblé tout le contraire de ce qu’on a voulu me faire croire : un « neuneu », quelqu’un qui écoutait plus qu’il ne donnait son avis, courtois mais ayant mieux à faire.

J’ai passé trois hivers pas vraiment douillets, je suis parti.

Je les envie, j’ai abandonné ma jeunesse aux ambitions familiales…donnez moi trente ans de moins…

Il peut bien arriver des conditions de vie extrêmes…eux sont prêts !

 

 

 


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